Papeteries du Léman
Intégration de fibres textiles de coton recyclées dans des papiers fins recyclés : une approche collaborative entre le CETI et les Papeteries du Léman
Résumé
Le volume croissant des déchets textiles post-industriels et post-consommation pose d’importants défis environnementaux et économiques. Bien qu’il existe des filières de recyclage mécanique, de grandes quantités de résidus textiles restent sous-utilisées en raison des limites liées à la qualité des fibres et aux applications commerciales. Dans ce contexte, la collaboration entre le CETI (Centre européen pour les textiles innovants) et PDL (Papeteries du Léman) explore une voie de valorisation alternative via l’incorporation de fibres textiles de coton recyclées dans des qualités de papier fin recyclé. Ces travaux examinent la faisabilité technique de la transformation des déchets textiles en matière première secondaire pour l’industrie papetière, tout en soutenant les objectifs de l’économie circulaire. L’étude met en évidence les opportunités offertes par les synergies entre le secteur textile et celui du papier, ainsi que les défis techniques liés à la préparation des fibres, à leur dispersion et aux performances de fabrication du papier. Ce projet commun a notamment été mis en avant lors du 65e Congrès mondial des fibres de Dornbirn en septembre 2026, au cours d’une présentation de 20 minutes devant des experts de l’industrie des fibres.
Introduction
L'industrie textile génère des quantités considérables de déchets tout au long du cycle de production et de consommation. Les textiles à base de coton constituent une ressource particulièrement précieuse en raison de leur forte teneur en cellulose, dont la composition chimique est similaire à celle du principal constituant des fibres de papier issues du bois. Par conséquent, l'élaboration de stratégies de recyclage intersectorielles entre les industries textile et papetière apparaît comme une voie prometteuse pour renforcer la circularité des matériaux et réduire la dépendance vis-à-vis des ressources vierges.
Pour relever ce défi, le CETI et PDL ont lancé un projet collaboratif axé sur l'intégration de fibres textiles de coton recyclées dans des papiers fins recyclés. Ce partenariat associe l'expertise du CETI en matière d'innovation textile, de traitement des fibres et de technologies de recyclage au savoir-faire de PDL dans les domaines de la fabrication et de l'ingénierie du papier. L'objectif est d'évaluer si les flux de déchets textiles peuvent être efficacement intégrés dans les formulations de papier tout en respectant les exigences de qualité requises pour les applications de papier fin.
Matériaux et méthodes
Le projet a porté sur l'utilisation de fibres de coton issues de flux de déchets textiles. Avant leur intégration dans l'procédé de fabrication du papier, les matériaux textiles ont été préparés mécaniquement et transformés en matière première fibreuse pouvant être mélangée à des fibres de papier recyclé classiques. Les fibres déchiquetées pouvaient être réutilisées pour des applications textiles telles que la fabrication de fils pour vêtements ou de non-tissés destinés à l'isolation, mais aussi pour la fabrication de papier recyclé. Les fibres fines collectées grâce au système d’aspiration de la ligne de déchiquetage mécanique sont trop courtes pour des applications textiles ; elles pourraient toutefois être intégrées au processus de fabrication du papier procédé.
Différentes formulations ont été étudiées afin de déterminer la compatibilité des fibres textiles avec les pâtes à papier recyclées. Une attention particulière a été accordée à la dispersion des fibres, à la formation de la feuille et à l'impact de la teneur en fibres textiles sur les caractéristiques physiques des papiers obtenus. L'approche expérimentale visait à identifier un équilibre optimal entre la valorisation des déchets textiles et les performances du papier par rapport aux produits vierges.
Les défis du recyclage des textiles en papier
Bien que les fibres de coton présentent des propriétés cellulosiques intéressantes, leur intégration dans la fabrication du papier n'est pas aisée. Plusieurs difficultés ont été rencontrées au cours du projet.
Le premier défi concerne la préparation des déchets textiles. Les fibres textiles sont généralement plus longues, plus emmêlées et plus hétérogènes que les fibres de papier classiques. Il est donc essentiel de parvenir à une individualisation et à une dispersion adéquates des fibres pour garantir une formation homogène du papier.
Un deuxième défi concerne la compatibilité de l’ procédé . Les fibres issues de textiles se comportent différemment lors de la préparation de la pâte et de la formation de la feuille, ce qui peut affecter le drainage, la rétention et la maniabilité de la machine. L’adaptation des paramètres d’ procédé est donc nécessaire pour garantir des conditions de production stables.
La préservation des propriétés fonctionnelles et esthétiques des papiers fins reste un objectif essentiel. L'incorporation de fibres textiles recyclées ne doit pas compromettre de manière significative la résistance du papier, la qualité de sa surface, son imprimabilité ou son aspect visuel. Trouver la proportion adéquate de fibres constitue donc un aspect crucial du travail de développement. Un bon équilibre a été atteint avec une teneur en fibres recyclées pouvant aller jusqu'à 30 % pour les papiers fins dont le grammage est compris entre 18 et 30 g/m².
Les considérations économiques constituent également un facteur clé dans l'adoption industrielle de cette solution. La compétitivité des matières premières textiles recyclées, la création de valeur associée aux nouveaux papiers et l'identification de marchés à forte valeur ajoutée sont des conditions essentielles au déploiement à grande échelle de cette approche.
Enfin, les considérations environnementales restent au cœur des préoccupations. Il faut veiller à ce que les papiers produits restent recyclables et biodégradables. La sécurisation de l’approvisionnement en déchets textiles, le respect des réglementations émergentes telles que la responsabilité élargie des producteurs (REP) ou le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR), ainsi que la surveillance des contaminants potentiels (microplastiques, PFAS, métaux lourds ou substances issues des traitements textiles) constituent des axes de recherche prioritaires.
Résultats et discussion
Cette collaboration démontre que les fibres textiles de coton recyclées peuvent constituer une matière première complémentaire viable pour la production de papier recyclé de haute qualité. La forte teneur en cellulose du coton offre la possibilité de prolonger le cycle de vie des matériaux textiles au-delà de leurs applications traditionnelles, tout en créant de la valeur dans un autre secteur industriel.
Les résultats obtenus soulignent l'importance de la préparation des fibres et de l'optimisation de la formulation. Lorsqu'elles sont correctement traitées, les fibres textiles recyclées peuvent être mélangées avec succès à des pâtes à papier recyclées et contribuer à la production de feuilles de papier présentant des caractéristiques adaptées aux applications visées.
Au-delà des aspects techniques, ces travaux mettent en évidence l'intérêt de la symbiose industrielle entre les secteurs du textile et du papier. En reliant deux chaînes de valeur traditionnellement distinctes, ce projet contribue au développement de solutions innovantes d'économie circulaire, capables de réduire la production de déchets et d'améliorer l'efficacité des ressources.
Conclusion
Le partenariat entre le CETI et PDL démontre le potentiel de l'intégration de fibres textiles de coton recyclées dans des papiers fins recyclés, ce qui constitue une voie alternative pour la valorisation des déchets textiles. Bien que plusieurs défis techniques subsistent, notamment en ce qui concerne la préparation des fibres et l'optimisation de l'procédé , les résultats préliminaires confirment la faisabilité de la fabrication de produits en papier contenant des fibres de cellulose d'origine textile.
Cette étude souligne l'importance de la collaboration intersectorielle pour faire progresser la gestion durable des matériaux et favoriser les pratiques de l'économie circulaire. En transformant les déchets textiles en une ressource précieuse pour la fabrication du papier, ce projet ouvre de nouvelles perspectives pour le développement de matériaux innovants à faible impact environnemental et contribue à réduire l'empreinte environnementale de ces deux secteurs.
